Bruxelles 4

 

Le journal « Le Soir » de ce jeudi 30 novembre consacre bonne partie de deux de ses pages à la proposition que, au nom du sp.a, John Crombez et Pascal Smet font, à l’approche des élections, en matière de réforme des institutions bruxelloises. Le moins que l’on puisse dire est que cette proposition, qui se veut créatrice d’un large débat, « avec un projert clair », sur cette problématique, n’est pas prête de voir le jour en dépit du fait qu’elle comprend pas mal d’aspects qui ne manquent pas d’intérêt.

Pour résumer les propos du président du sp.a et de celui qui se présente toujours, malheureusement pour le sp.a, comme le chef de file du parti socialiste flamand à Bruxelles, il ne devrait plus y avoir demain qu’une seule Ville-Région, ce qui signifie qu’il n’y aurait plus de communes et que les pouvoirs de celles-ci seraient fondus dans ce grand ensemble qui serait géré par un Parlement, ou Conseil de la région urbaine, fait de 69 mandataires ( 56 francophones et 13 néerlandophones) et un exécutif fait, un peu comme aujourd’hui, de 8 ministres (dont 3 néerlandophones). Il n’y aurait donc plus de collèges et ni de conseils communaux mais, en lieu et place, il y aurait, dans chacun de la vingtaine des nouveaux arrondissements créés, qui n’épouseraient pas les limites des communes actuelles et qui seraient mis en place un peu à la manière de ce qui existe à Paris, un exécutif composé de 3 personnes et un Président d’arrondissement ainsi qu ‘une nouvelle assemblée faite d’une vingtaine de personnes tirées au sort parmi la population et dont la tâche consisterait à exercer un contrôle du travail de l’exécutif. Il n’y aurait donc plus qu’une seule zone de police et un seul CPAS, ce qui équivaut à dire qu’il y aurait, résultat de toutes ces modifications, une réduction du nombre de mandataires communaux assez importante puisque, selon les chiffres avancés par le sp.a, il n’y aurait plus que 197 représentant(e)s politiques contre 958 aujourd’hui.

Si l’on ajoute à ce tableau le fait que le sp.a entend conserver la clé de la double majorité nécessaire au sein du Parlement de la Ville-Région pour diriger celle-ci et qu’il préconise la reconnaissance de l’anglais comme langue officielle aux côtés du bipôle français-néerlandais, je pense avoir repris l’essentiel de ces propositions qui, assez cocassement, sont présentées comme n’ayant pas vocation à constituer une prise de pouvoir flamande de Bruxelles mais bien comme celles faites au nom d’une « nouvelle génération de population au sein de laquelle il y a une demande de changement, d’une bonne gestion, peu importe la langue ».

Que penser de cette sortie au-delà du fait qu’elle a le mérite d’exister dans la mesure même où elle présente un cadre bien défini et une série de dispositifs qui, pour bon nombre, sont aussi bien novateurs dans leur forme que dans leur contenu ?

Je ne vous cacherai pas que, si j’en pense du bien parce qu’elle est de nature à enclencher ou à accélérer le débat sur cette problématique qui n’a que trop tardé à être franchement abordée et traitée, j’estime qu’elle n’a aucune chance d’aboutir telle quelle.

Tout d’abord parce qu’elle est présentée par une personne, Pascal Smet en l’occurrence, qui a perdu tout crédit à Bruxelles parce qu’il est reconnu pour ce qu’il est, c’est-à-dire comme étant un grand bavard et non comme un politique ayant la capacité de faire du travail en équipe et pour compte de toutes les populations concernées par les départements dont il a (eu) la charge.

Ceci n’est toutefois qu’un point de détail par rapport à l’essentiel. Ce plan n’est guère crédible dans la mesure où il n’est précisément qu’un plan qui ne tient pas compte de sa faisabilité. Il est présenté comme s’il n’existait pas à Bruxelles une communauté française. Celle-ci ne voudra jamais, je dis bien jamais, scier, comme le préconisent le sp.a et d’autres partis flamands, les branches sur lesquels reposent les sièges de leurs lieux de pouvoir et d’influence. Qu’il y ait moins de communes est une formule sur laquelle il sera(it) je pense, indispensable de discuter demain entre toutes les actrices et tous les acteurs politiques en exercice de la Région de Bruxelles-Capitale. De même, concevoir qu’il n’y ait moins de conseillères et de conseillers au sein des Conseils communaux et moins de membres au sein des Collèges ne constituera(it) que bonne politique de rationalisation. N’avoir plus qu’une seule zone de police au sein de la Région est également envisageable dans la mesure où il sera(it) assez facile de prouver que la police n’en sera(it) que mieux assurée et plus efficace pour autant qu’elle affecte les économies que cette fusion engendrerait à l’augmentation de ses effectifs sur le terrain et à la modernisation de ses équipements.

De même, comme Rudi Vervoort l’a d’ailleurs déjà préconisé, il serait bon de réduire le nombre de parlementaires dont on sait que beaucoup ne sont pas capables de faire autre chose, en guise de discours, que de lire des notes qui ont été rédigées par des collaboratrices/teurs de leur parti.

Quant à vouloir obtenir plus comme ils le font, les deux compères du sp.a se mettent franchement le doigt dans l’oeil. Pourquoi ? Tout simplement parce que, même s’ils s’en défendent, leurs propositions ne sont pas du tout équilibrées au niveau de leur impact communautaire.

Alors qu’elles auront pour effet principal de réduire considérablement le nombre de leviers où les mandataires francophones se trouvent aujourd’hui en poste et en capacité de conduire les opérations à Bruxelles, les bonnes idées de John Crombez et de Pascal Smet s’attachent dans le même temps à faire en sorte que, sauf pour ce qui concerne l’échevin(e) flamand(e) qui serait sacrifié(e) comme tou(te)s les autres échevin(e)s, la représentation flamande soit préservée telle qu’elle existe aujourd’hui dans les (nouveaux) organes qui seraient conservés ou mis en place demain  au sein de la future Ville-Région.

La ficelle est un peu trop grosse et il est à penser que la manoeuvre n’échappera pas aux responsables des partis francophones. C’est bien pourquoi, en dépit de maints aspects attrayants, ledit plan du sp.a ne peut être considéré que comme une boîte contenant certains points pouvant, ou devant même, être discutés.

Ainsi avance la vie politique aujourd’hui. A petits pas, quand c’est le cas.

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