beau regard xMême si l’extrême droite est, comme le dit Pascal Delwit dans le cadre d’une des émissions de la RTBF (voir lien ci-après), devenue plus banale et plus forte en Europe, ce phénomène doit-il nous amener à le considérer comme tellement « normalisé » qu’il faudrait se résigner? Pour ma part, c’est un non catégorique car le plus grand des dangers est précisément, face à cette vague brune qui ne cesse de monter partout en Europe et ailleurs également dans le monde, que nous baissions les bras et que nous ne nous insurgions plus contre ce qui, de près ou de loin, est de nature à faire mourir ou qui justifie qu’on fasse mourir.

Face à ce qui m’apparaît comme une espèce de préface à une nouvelle apocalypse de notre monde si l’on ne s’inscrit pas dans une dynamique de mobilisation ayant pour objet de sensibiliser tout qui se trouve aspiré par ce tourbillon nihiliste, il faut se faire plus révolté que jamais. Révolté parce que nous ne sommes plus loin de cet état où il ne reste plus, comme l’écrivait déjà Albert Camus peu après la seconde guerre mondiale dans « L’homme révolté », à l’homme moderne qu’à « renaître ou mourir ».

Aussi, pour se donner du cœur à l’ouvrage, je ne résiste pas à reprendre un passage particulièrement éclairant de cet essai qui constitue plus qu’une invitation à nous mobiliser contre ce monde qui se fait de plus en plus nazifiant et terrifiant. Tant cette invitation est, même décalée dans le temps, plus que pressante.

Avant qu’il ne soit trop tard.

« Le nihilisme, s’il n’est pas, essaie d’être; et cela suffit à déserter le monde. Cette fureur donne à notre temps son visage repoussant. La terre de l’humanisme est devenue cette Europe, terre inhumaine. Mais ce temps est le nôtre, et comment le renier? Si notre histoire est notre enfer, nous ne saurions en détourner la face. Cette horreur ne peut être éludée, mais assumée pour être dépassée, par ceux-là mêmes qui l’ont vécue dans la lucidité, non par ceux qui, l’ayant provoquée, se croient en droit de prononcer le jugement. Une telle plante n’a pu jaillir en effet que sur un épais terreau d’iniquités accumulées. Dans l’extrémité d’une lutte à mort où la folie du siècle mêle indistinctement les hommes, l’ennemi reste le  frère ennemi. Même dénoncé dans ses erreurs, il ne peut être ni méprisé ni haï: le malheur est aujourd’hui la partie commune, le seul royaume terrestre qui ait répondu à la promesse.

La nostalgie du repos et de la paix doit elle-même être repoussée; elle coïncide avec l’acceptation de l’iniquité. Ceux qui pleurent après les sociétés heureuses qu’ils rencontrent dans l’histoire avouent ce qu’ils désirent: non pas l’allègement de la misère, mais son silence. Que ce temps soit loué au contraire où la misère crie et retarde le sommeil des rassasiés! Maistre parlait déjà du “sermon terrible que la révolution prêchait aux rois”. Elle prêche aujourd’hui, et de façon plus urgente encore, aux élites déshonorées de ce temps. Il faut entendre ce sermon. Dans toute parole et dans tout acte, fût-il criminel, gît la promesse d’une valeur qu’il nous faut chercher et mettre au jour. L’avenir ne peut se prévoir et il se peut que la renaissance soit impossible. Quoique la dialectique historique soit fausse, le monde, après tout, peut se réaliser dans le crime, suivant une idée fausse. Simplement, cette sorte de résignation est refusée ici: il faut parier pour la renaissance”.

https://www.rtbf.be/info/monde/detail_pascal-delwit-l-extreme-droite-est-devenue-plus-banale-et-plus-forte-en-europe?id=9737445

 

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