Lybie Khadafi

Samedi dernier, dans l’émission « On n’est pas couché », Edwy Plenen se targuait de la justesse des informations diffusées par ses soins ou par les journalistes de Mediapart, le journal en ligne dont il est le créateur et le promoteur.  Parmi les grands dossiers dont il faisait état et qui ont tous débouché sur des mises en cause des personnes dénoncées figurait celui du financement de la campagne victorieuse de Nicolas Sarkozy en 2007 par le Président Lybien Khadafi.

A propos de ce dossier, il crut bon d’ajouter deux mots dont je ne me souviens pas avec précision mais qui laissaient entendre que la révélation des faits souvent évoqués mais jamais établis n’allait pas tarder. Etait-il au courant qu’une action judiciaire allait être ouverte aujourd’hui à l’encontre de Nicolas Sarkozy? Sans doute pas. Il n’en demeure pas moins que la justice française a, sorte d’écho à cette allusion, décidé ce mardi matin 20 mars 2018 de placer en garde à vue l’ancien Président de la République française qui, on s’en souvient, était encore candidat il y a deux ans d’ici pour succéder à François Hollande en vue d’occuper une deuxième fois la plus haute fonction des institutions politiques françaises.

Il s’agit là d’un coup de tonnerre d’une telle amplitude que l’on a peine à penser que la justice française  aurait ainsi lancé la boule en direction des quilles de l’ancien président de la République française sans avoir quelques bons motifs de le faire, c’est-à-dire de sérieuses pièces donnant crédit à l’accusation faite à Nicolas Sarkozy d’avoir bénéficié de fonds lybiens pour financer sa campagne de 2007 et/ou pour arroser dans le même temps quelques personnes pour services rendus.

L’affaire est énorme. A ce stade, il ne s’agit bien entendu que d’une garde à vue et cela signifie donc que Nicolas Sarkozy ne peut encore être considéré comme ayant précisément touché quelque argent que ce soit de la part du leader lybien qui, on s’en souvient comme si cela s’était passé hier, fut ensuite mis à mort à la suite d’une intervention militaire commanditée par la France de Nicolas Sarkozy.

A ce propos, je ne résiste pas à la tentation de vous livrer partie d’un article paru en janvier 2016 dans le journal allemand Jung Welt tant il met bien, selon moi, l’accent sur les dessous de cette campagne intitulée « Opération Harmattan » et sur le rôle assez surprenant que la France de Nicolas Sarkozy a pu, sans jamais être désavouée par l’ONU, mener jusqu’à l’élimination de Khadafi. Allant ainsi bien au-delà des limites pourtant bien fixées par le mandat de l’ONU.

« L’Ordre mondial civilisé »

Le 19 mars 2011, à midi, avec l’« Opération Harmattan » de la France, débutait la guerre d’agression occidentale contre la Libye. La guerre allait durer jusqu’au 31 octobre 2011. Plus de 7 500 bombes allaient être larguées et il y eut également des attaques de missiles. Le nombre de morts est estimé entre 10 000 et 50 000. 15 jours après le début de l’intervention, les bombardiers français et britanniques n’étaient pas encore parvenus à éliminer les défenses antiaériennes libyennes. Et les Américains avaient donc repris la direction des opérations. Les pays de l’Otan avaient fait mine de soutenir l’« opposition démocratique » au dirigeant Mouammar Kadhafi. Dans le cadre du « Printemps arabe », il y avait d’ailleurs également eu des révoltes en Tunisie, en Algérie et en Égypte. Après la prise de Syrte, le 20 octobre, le colonel Kadhafi avait été capturé par les insurgés et torturé à mort. La secrétaire d’État américaine de l’époque, Hillary Clinton, avait été très amusée par ce lynchage particulièrement violent. Le visage rayonnant, elle allait faire allusion devant les caméras à la fameuse phrase de Jules César, « Nous sommes venus et avons vu… qu’il était mort. » Dès ce moment, la Libye était « libérée ». En réalité, elle était détruite et divisée. Il y régnait un chaos indescriptible.

Le coup d’État sanglant en Libye a partout été encensé comme un changement de cours, comme une date phare pour un « nouvel ordre mondial, plus humain », comme un modèle de la façon dont, à l’avenir, il fallait s’y prendre avec les pays récalcitrants. « Après la chute de Kadhafi, les dictateurs se sentiront moins en sécurité (…) à Damas, certainement, sans doute aussi à Téhéran, peut-être même à La Havane et à Pékin », écrivait un Jan Ross enthousiaste, le 25 août 2011, dans l’hebdomadaire Die Zeit, sous le titre « La voie est ouverte ». Parce que l’Otan, « en fait, est intervenue comme la force aérienne du mouvement rebelle », les despotes du monde entier « devront toujours tenir compte du fait que les bombardiers peuvent arriver ». Rien que ça déjà, disait Ross, était « un pas important en direction d’un ordre mondial civilisé ». Cet « humaniste » de Hambourg exprimait également des critiques acerbes à l’égard des autorités fédérales, parce qu’elles avaient fait trop peu d’efforts pour convaincre les citoyens de la nécessité d’une intervention pour mettre un terme aux crimes de Kadhafi.(..). ».

L’article permet de réaliser également que le début de l’opération relatée a eu lieu le 19 mars 2011. Nous sommes aujourd’hui le 20 mars 2018.

Il est à penser que Nicolas Sarkozy aura beaucoup de bonnes réponses à apporter aux questions de la justice française pour éviter que celle-ci ne resserre un peu plus encore le lien qu’elle semble avoir établi entre ces deux dates.

 

http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2018/03/20/financement-libyen-de-la-campagne-de-2007-nicolas-sarkozy-en-garde-a-

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