Dans le livre intitulé « Tous » de Grégoire Polet, qui est un roman d’une génération qui a emprunté les voies de la politique pour reprendre goût à l’avenir, il est un passage qui m’a particulièrement plu. Ce passage est celui qui expose comment le mouvement « Tous », alors en création, est à la recherche de soutien et de visibilité, pour se faire connaître et grandir. Après avoir expliqué que le mouvement avait reçu les précieux soutiens de Alain Badiou et celui d’Edgar Morin, l’auteur relate en quoi celui de Stephane Hessel, développé lors d’une interview, avait particulièrement bien mis en situation l’importance de ce mouvement en gestation qu’était « Tous ». Je cite ici un extrait de cette interview donnée par Stephane Hessel . « Le grand danger, c’est la désespérance. Le grand danger, c’est que l’indignation ne débouche sur aucune action, aucun changement, et qu’une génération entière se livre une fois de plus à la désespérance. La désespérance, c’est quoi ? C’est se tourner vers l’arrière en espérant que le temps n’avance plus. C’est ne pas vouloir d’avenir. C’est souhaiter que le futur ne vienne pas ». Après cette introduction aux couleurs ternes et grises, Hessel se faisait moins sombre et devenait plus lumineux. Plus exhortant. « Ouvrez de grandes portes, pour que les gens viennent. Agissez ! Le danger, je vous le répète, c’est que les citoyens ne prennent pas conscience de leur force.(..). La grande majorité des citoyens est constituée de gens de valeur et de bonne volonté. Mettez-les au pouvoir ! ».

Revenant à la réalité de la vie courante, la question qui se pose est de savoir comment il serait possible de mettre en pratique cette invitation à faire en sorte que la démocratie directe ait plus de place et plus de poids qu’elle n’en a aujourd’hui dans nos rouages institutionnels où, si ce n’est lors des élections bien entendu, il n’est quasiment jamais demandé au citoyen d’intervenir sauf quand il est consulté en matière d’urbanisme sur des dossiers qui concernent des permis de bâtir ou des aménagements de voiries et/ou d’espaces publics.

Ainsi, il a encore été permis de le constater lors de la dernière réunion citoyenne qui fut organisée il n’y a pas longtemps par le Collège des Bourgmestre et Echevins d’Ixelles dans l’auditoire de la Cambre au Flagey. Nombreuses et nombreux étaient celles et ceux qui avaient à dire, ou voulaient dire, quelque chose sur ce qui se passe ou ne se passe pas sur la Place Flagey pour ne prendre qu’un sujet qui est d’ailleurs abondamment évoqué ces derniers temps. Mais à quoi ont servi ces plaintes et ces récriminations si ce n’est, pour l’une d’entre elles, à fournir l’occasion au Collège de montrer sa musculature sous forme d’un Arrêté de police visant à faire en sorte que les établissements et les magasins de nuit bordant la place se voient interdire de servir des consommations alcoolisées (la bière étant bien entendu comprise comme telle également) une fois minuit venu. Est-ce cela le devenir de la prise en compte de l’expression citoyenne : Réclamation = Répression ?

Comment faire comprendre que la mobilisation citoyenne est une force qu’il s’agit de canaliser pour ne pas la laisser se transformer en une espèce de mur de lamentations ? Comment, dans l’autre sens,  faire comprendre à cette mobilisation citoyenne elle-même qu’il ne lui sert à rien de se plaindre ou de critiquer, qu’il faut parler  ou, encore mieux, agir? Tant il est vrai que, pour reprendre un autre extrait de « Tous », « la majorité, la grande et belle majorité que la démocratie exige, ne se ralliera jamais à des cris qu’on pousse, mais à un discours soutenu ». A un projet qui ait du corps et du sens. A une construction structurée qui prenne en considération les soucis et les envies de chacune et de chacun. A une forme d’action collective qui permette à chacune et à chacun de trouver place active dans cet ensemble.

L’heure n’est plus à dire « Il est interdit d’interdire ». Cela a été dit en son temps mais, comme il est permis de le constater, les interdictions ou les limitations de toutes sortes se font chaque jour plus nombreuses. Aussi, veillons à ne plus répandre la poudre de l’expression là seulement où un simple coup de vent ou de menton suffira pour l’emporter. Groupons-nous et, demain, sous de nouvelles formes de relations entre le pouvoir élu et le monde électeur, le soleil brillera pour tout un chacun..

Jean-Pierre Brouhon

 

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