J’aime beaucoup l’éditorial qui est paru hier dans le journal “L’Echo” . Il est titré “Il n’y a plus de crise migratoire” et son auteur est Vincent Georis. Il se trouve repris in extenso en fin de cette introduction.

J’aime ce papier parce qu’il est non seulement courageux mais également très heureux.

En effet, venant d’un journal dont on peut dire qu’il se fait plus souvent le porte-voix des milieux économiques et financiers que celui des personnes sans papier ou sans (grandes) ressources, cet article, qui se base sur des informations officielles, ne peut manquer d’attirer l’attention de tout un chacun sur la tromperie et la manipulation des “forces politiques” et de certains milieux de presse qui gonflent sans vergogne les chiffres et dramatisent à l’envi la problématique des arrivées de migrants en Europe, sinon dans notre pays, pour créer un climax anxiogène et pour tirer tous les profits possibles, tant au plan politique qu’au niveau des ventes de journaux et/ou de revues, de ce type de matraquage.

J’aime également cet article pour le ton mesuré et sérieux de sa rédaction. Qui le lira comprendra que sont très fortement mis en cause ceux qui trichent et n’hésitent pas à falsifier la vérité des chiffres et des faits pour attirer à eux les esprits les plus fragiles ou les plus fragilisés par les tensions sociales provoquées par le néo-conservatisme et par tous ceux qui, arrivés au pouvoir, ne mettent pas en cause, et encore moins à mal, l’imperium politique de ce courant de pensée.

Certes, l’auteur vise tout précisément les leaders populistes et les journaux d’égoûts qui sont les plus calamiteux dans ce genre de pratique d’intoxication tant ils n’hésitent pas à combiner fake news et propos(itions) flirtant très souvent avec la xénophobie et le racisme.

Pour ma part, je pense que cet article s’adresse tout autant à celles et ceux qui, par vils calculs, n’osent pas, ou plus, trop s’élever contre ces diffuseurs de haine et qui, ce faisant, se rendent complices de la montée de cet état d’esprit qui tend à se répandre sans entraîner grandes levées de boucliers.

Enfin, pareil article est salutaire tant il devient rare de lire dans nos quotidiens et autres hebdomadaires que  ce qui a trait à la politique migratoire relève tout simplement de la politique de tous les jours et non de la gestion de crise, hormis bien évidemment lorsque des vies sont en péril.

Vous l’aurez compris, j’aime cet éditorial dans la mesure même où, comme nous l’a soufflé Albert Camus, il nous rappelle très opportunément que “ L’habitude du désespoir est pire que le désespoir lui-même”.

Jean-Pierre Brouhon

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Il n’y a plus de crise migratoire

N’en déplaise aux leaders populistes qui crient à « l’invasion de masse », les arrivées de migrants sont en chute depuis 2015. Alors il serait temps d’aborder nos politiques migratoires non plus comme une gestion de crise, mais comme un travail quotidien.

Il faut parfois du temps pour que les chiffres percolent auprès de la population et même des leaders d’opinion. Pourtant, les ignorer peut conduire à des erreurs de gestion et de gouvernance. C’est le cas des derniers chiffres officiels des arrivées de migrants en Europe. Tous mènent à une conclusion: la crise migratoire est derrière nous.

S’il n’y a plus de crise migratoire, il y a bien, en revanche, une crise politique provoquée par l’extrême droite.

D’après Eurostat, les arrivées de migrants en Europe ont chuté de 47% depuis 2015. Selon les données du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), les traversées de la Méditerranée sont passées de 1,01 million en 2015 à 172.000 l’an dernier et 37.000 depuis le début de l’année. En Italie, les arrivées par la mer ont chuté de 80% à 15.000 depuis janvier dernier. En Belgique, les demandes d’asile ont reculé de 61%.

Plusieurs facteurs expliquent cette fin de crise. Les mesures mises en place par l’UE, qui externalisent la gestion des flux migratoires; l’intensité moindre des conflits au Moyen- Orient… Si la presse a le devoir d’alerter le public en cas de crise, elle a aussi celui d’en annoncer la fin.

Certains politiciens, en roue libre, continuent à parler de « crise ». À quelques mois des élections, la rhétorique de « l’invasion de masse » fait recette. Elle permet de créer un climat anxiogène et de se déresponsabiliser. Dans ce jeu, la victoire va à celui qui crie le plus fort. L’Italie a subi un choc migratoire en 2015. On comprend sa colère face au manque de solidarité des autres pays européens. Le gouvernement Renzi a fait chuter les arrivées de 80%, mais il n’en a pas récolté les fruits. L’extrême droite italienne menace aujourd’hui de bloquer l’Europe. S’il n’y a plus de crise migratoire, il y a bien, en revanche, une crise politique.

Il est exact que les flux migratoires s’intensifient depuis 30 ans et qu’il faut trouver des solutions. Adapter le droit européen, les modalités d’accueil. Apporter une aide réelle au développement pour limiter la migration économique incontrôlée. Déterminer les voies de migration légales. Combattre les trafics d’êtres humains. Ce travail relève de la gestion politique quotidienne, et non de la gestion de crise hormis lorsque des vies sont en péril. Ces décisions, politiques et humanitaires, ne peuvent être prises qu’en dehors d’un climat de crispation.

Vincent Georis

 

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