De toutes parts, il est permis de lire et d’entendre que la relation entre le monde des gouvernés et celui des dirigeants politiques est plus que tendue ou plus que distendue selon que l’on veuille la voir d’un oeil ou d’un autre. Peu importe la manière dont ce « déclin du politique » est regardé tant il est vrai que nous sommes très loin aujourd’hui de l’état d’esprit qui présida à la rédaction de ce fameux « Accord du peuple » qui fut publié à Londres en 1649 et qui est considéré comme le premier manifeste démocratique moderne.

Faut-il s’inquiéter de ce phénomène de désenchantement du public à l’égard du politique, vague qui ne cesse de gagner en volume et en virulence, aussi bien chez nous que dans tous les pays de régime démocratique ? Oui, certainement car, même si l’on sait qu’il n’existera jamais un modèle idéal de régime démocratique et que tout régime démocratique constituera toujours un problème à résoudre, il n’en reste pas moins vrai que, si « la démocratie est un mauvais système, elle est le moins mauvais de tous les systèmes » pour reprendre la célèbre formule lancée par Winston Churchill à la Chambre des communes il y a 71 ans.

Il y a douze ans, ce même constat de défiance à l’égard de celles et et de ceux qui nous gouvernent étant déjà très perceptible, j’avais, en compagnie de 20 femmes et de 20 hommes, présenté une liste qui, intitulée XL Citoyen, avait précisément pour but de tenter de « rétablir le courant » et de « jeter des ponts », à Ixelles du moins, entre celles et ceux qui étaient appelés à voter et celles et ceux qui allaient occuper les postes de commande au niveau du Collège. La liste, composée de personnes qui, sauf pour ce qui me concernait, n’avaient jamais été candidates fut, en dépit du fait qu’elle n’ait été composée que trois mois à peine avant le jour des élections, à un fifrelin d’obtenir un élu. Toutefois, l’essentiel avait été fait : démonstration avait été produite que la démocratie restait ouverte à tout qui, simple citoyen, voulait lui donner de nouvelles couleurs et la doter d’un nouveau souffle politique.

A l’occasion de ces prochaines élections, en matière de nouvelles listes,  on peut en dénombrer trois. Il y a Volt, une liste pan-européenne qui souhaite « révolutionner la manière dont la politique se pratique aujourd’hui à tous les échelons » , la liste « Ixelles pour tous » au sujet de laquelle il n’est pas possible de trouver de renseignements sur internet et, last but not least, il y a celle du PTB dont le programme est tellement surréaliste sur certains points qu’il en perd toute crédibilité.   De fait,  il n’y a pas cette fois à Ixelles une liste qui serait le résultat d’une volonté forte d’Ixelloises et d’Ixellois de sortir des sentiers battus et rebattus par les formations politiques classiques.

Certes, sur certaines listes, il y a plus de candidat(e)s issu(e)s de la société civile que de coutume mais ceci n’est qu’un trompe-l’oeil tant on sait que la liberté de manoeuvre ou d’expression de ces personnes « extérieures » à l’appareil des partis qui ont fait appel à elles est plus que mesurée.

S’il n’y a donc pas grand changement du décor politique général par rapport aux dernières élections passées à Ixelles, il est cependant permis de relever que, dans le programme de chacune des formations qui se présentent, on peut trouver l’une ou l’autre proposition qui indique que les partis candidats au pouvoir se déclarent prêts à faire, durant la prochaine législature, quelques gestes pour se rapprocher des habitant(e)s. Sous quelle(s) forme(s) ? Tous ont inscrit « budget participatif » à leur programme mais ceci sans dire quelle part du budget ordinaire ou extraordinaire sera affectée à cette opération annuelle ni comment ou à quelles fins le public sera convié à prendre part à cet acte de gouvernance. Mis à part sur ce point, les partis candidats au pouvoir à Ixelles ne donnent visiblement pas au vocable « participation » la même signification et, encore moins, la même portée.

Ainsi, pour les uns, il s’agira de refaire en gros ou en partie ce que la majorité de 2001-2006 avait eu comme ligne de conduite en ce domaine tandis que, pour un autre, démarche sera entreprise vers la population, et ce, via les smartphones pour la consulter et l’informer de nouvelle manière. Fait assez étonnant, peu de partis ont remarqué que la majorité sortante avait fortement dégraissé l’aide financière apportée à la vie associative. Je ne vois d’ailleurs qu’une seule formation qui se déclare prête à rendre à celle-ci de quoi lui permettre de se faire l’alliée de la Commune en matière d’animation citoyenne. Par ailleurs, si plusieurs partis ont pensé à régénérer ou à faire revivre certaines commissions consultatives tombées en désuétude ces dernières années, aucun n’a (encore) pensé à mettre en place ce qui, avec un statut officiel, existe en Région wallonne et qui a pour nom « Commission consultative communale d’aménagement du territoire et de la mobilité ».

De la même manière, si ce n’est en proposant la mise en place de l’une ou l’autre Maison de quartier, aucun parti n’a songé à inscrire à son programme la thématique de réelle « cogestion » d’espace ou de bâtiment public. C’est assez surprenant car c’est dans ce secteur que le mot « participation » pourrait assurément déployer au mieux toute sa signification. A cet égard, la Place Flagey représente un magnifique lieu où, sous la forme d’une répartition de responsabilités entre l’Autorité en place et une Association de riverains, la mise en place d’une dynamique de pôles de réflexions et d’actions ne manquerait pas de servir utilement la cause des « TGV », autrement dit les « Très Grands Voisins », de cet endroit.  A cet effet, il est bon de savoir qu’un petit groupe de personnes a déjà, sous la forme de statuts, réalisé un outil pour se préparer à travailler dans cette perspective.

Il reste à espérer que la future majorité se montrera ouverte à pareil type de relation et de collaboration . Elle s’en honorerait car elle montrerait de la sorte que la démocratie communale se veut plus active et réellement soucieuse de sortir de ce long cortège de déceptions dans lequel nous sommes par trop englués. A coup sûr, elle permettrait à tout un chacun de réaliser que, pour reprendre un thème cher à Henri Lefebvre, il a « Droit à la Ville ».

A une nouvelle Plage d’Espoir en la démocratie par la même occasion.

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