La presse, qui n’a pas toujours bonne mémoire, présente le renversement du MR à Ixelles par Ecolo comme un fait historique. Rien n’est plus inexact même s’il est vrai que c’est la première fois dans l’histoire de la Commune que la force politique libérale qui, ici, se présentait sous les couleurs de la Liste de la Bourgmestre se trouve, au soir d’une élection,  détrônée de la première place au classement final par une autre formation politique.

De fait, les libéraux ont toujours été au pouvoir à Ixelles jusqu’en 2000. Ils y étaient d’ailleurs solidement installés puisque, depuis la constitution de l’Etat belge jusqu’à cette élection, ils avaient toujours disposé de la majorité absolue. Ils ratèrent complètement leur passage dans le 21ème siècle puisque c’est alors qu’ils perdirent tout à la fois leur majorité absolue et le mayorat qui était détenu par Yves de Jonghe d’Ardoye.

En 2000, le grand vainqueur de cette élection avait été, déjà, la liste Ecolo qui s’était ouverte à des candidat(e)s progressistes et qui, par rapport aux élections précédentes de 1994, avait réussi à progresser de 8 sièges, disposant ainsi de 13 sièges sur les 41 (ou 0,316%) en place à l’époque, et à attirer à elle 29,2% de l’électorat ixellois, soit 16,3% de plus. La mise sur pied de la majorité fut laborieuse car le PS, qui avait pris accord avant les élections avec le Bourgmestre sortant pour faire à nouveau alliance après celles-ci, prit du temps pour se sortir de ses engagements et pour répondre aux injonctions données par le Boulevard de l’Empereur de planter les racines d’un olivier à Ixelles. Toutefois, le PS ne perdit rien en jouant ainsi la montre car, profitant de la faiblesse des négociateurs d’Ecolo qui ne savaient pas encore ce que rapport de force pouvait signifier, il engrangea le poste de Bourgmestre et se fit du CdH, qui parvint à faire de ses deux conseillers élus deux échevins, un allié très précieux pour empêcher Ecolo de s’affirmer pleinement comme groupe majoritaire de la majorité.

Aujourd’hui, la donne a changé. Considérablement d’ailleurs, et ce, par un phénomène de balancier assez simple à saisir . D’une part, la Liste de la Bourgmestre a perdu, en même temps que plusieurs de ses gros faiseurs de voix du passé (de Clippele déjà en 2012, Destexhe, Bourgeois, De Cloedt et, dans une moindre mesure, Breydel et Kanko en 2018) pas mal de sa représentativité (25,55% contre 29,09 en 2012) et ne disposera désormais plus que de 12 sièges (contre 15 en 2012) sur les 43 au Conseil communal. De son côté, Ecolo, qui a fait une belle et forte campagne en proposant à la population d’apporter à la Commune plus qu’un coup de peinture sur la façade de celle-ci, a marqué de nombreux points puisqu’il a amélioré son pourcentage de représentation de 23,52% à 33,05% et son nombre de sièges de 11 à 16 (ou 0,372 %).

Ainsi donc, si Ecolo se retrouve, en termes de poids politique relatif (0,372% du Conseil communal contre 0,316 %), dans la même situation aujourd’hui qu’en 2000, il a, par contre, acquis une autre position sur l’échiquier ixellois du fait que la composante libérale a, depuis 2000, subi un nette érosion et que le Parti Socialiste est tout content d’avoir pu contenir la forte poussée du PTB et de se maintenir cette fois au niveau qui était le sien en 2012. Devenu donc pour la première fois de son histoire à Ixelles la première force politique de la Commune au soir d’une élection, Ecolo avait les coudées plus franches que jamais pour donner corps au projet porté par Christos Doulkeridis qui, tout au long de la campagne, n’avait jamais fait mystère de vouloir devenir Bourgmestre de la Commune et de vouloir instaurer une majorité progressiste.

Comme on le sait, les choses n’ont pas tardé. Durant la nuit de dimanche à lundi, accord a été passé entre Ecolo et le PS, un PS très différent de celui qu’il était au soir des élections de 2012, pour faire alliance durant les six prochaines années. Celles et ceux qui réclament des partis politiques le respect des indications données par les électrices et les électeurs n’auront pas manqué ou ne manqueront pas d’être satisfaits de cette issue.

Pour reprendre une formule utilisée par ailleurs, Ixelles a ainsi basculé dans le vert. Ou, plutôt, a retrouvé la couleur de son blason. Nul doute que, cette fois, Ecolo ne se laissera pas chiper la conduite des opérations comme, par faute de naïveté de la part de certaines personnes, il n’avait pu le faire de manière marquante entre 2000 et 2006.

Il reste à présent à Christos Doulkeridis et à son prochain Collège de transformer l’essai. Puisse l’équipe Doulkeridis-Dialo fonctionner harmonieusement et réussir dans son entreprise car les tenant(e)s de la démocratie participative et active attendent beaucoup d’elle.

Jean-Pierre Brouhon

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s