C’est il y a une quinzaine de jours à peine que la Confédération Européenne de Volley-Ball (CEV) et la Fédération Internationale de Volley-Ball (FIVB) ont tenu, au même endroit et l’une après l’autre, leur 39ème Assemblée générale pour l’une et leur 36ème Congrès Mondial pour l’autre. Cela s’est passé non pas en Europe mais à Cancun au Mexique. En effet, histoire de montrer la grande proximité existant aujourd’hui entre la Confédération européenne et la Maison mère de notre sport, la FIVB, les dirigeants de la CEV ont eu l’idée  de faire d’une pierre deux coups, c’est-à-dire organiser l’Assemblée générale des 52 pays membres de la Confédération européenne une journée avant que ne soit ouvert le Congrès mondial de la FIVB où, pendant deux jours, les délégués de plus de 200 fédérations ont eu droit à différents exposés sur l’état du volley-ball et sur son devenir.

Que s’est-il dégagé de ces journées de Cancun ? A la vérité, ce n’est pas de Belgique que l’on a pu apprendre ce qui s’y est déroulé mais bien par la voie des communiqués diffusés tant par la CEV que par la FIVB qu’il a été permis de réaliser que ces deux grandes réunions ont plus parlé du futur et de projets d’expansion que du présent et de la situation que vivent les clubs et les fédérations nationales dans les différents coins d’Europe et du monde. Ce n’est pas nouveau, les discours d’aujourd’hui sont faits dans le moule de ceux d’hier, et ce n’est pas propre au monde du volley-ball. Toutes les grandes Fédérations sportives pratiquent de la sorte même si la nôtre semble montrer une certaine propension à aimer beaucoup plus à s’occuper du toit et des extérieurs de la maison plutôt qu’à vérifier si tous les étages de celle-ci sont en bon état d’occupation ou si certains aménagements ne pourraient leur être apportés pour les rendre plus confortables à vivre.

Aussi, pour m’éviter d’entrer par trop dans le détail de ce qui a émergé du sommet de Cancun, je reprendrai ici les points forts que le Président de la FIVB, Dr Graça, a lui-même mis en avant lors de son discours de clôture du Congrès Mondial.

The 11 strategic goals of the FIVB are :

  • To move Volleyball from group 2 to group 1 in the IOC ranking by 2020

  • To increase the relevance of Volleyball through its digital platforms and have 50 million engagements by 2024

  • To increase the integrated audiences in key markets by 100 % in 2020

  • To signe 4 new global sponsors by 2020 with a goal of USD 10 millions per year

  • To grow the average annual income of FIVB from 31 million to 66 million by 2020 yearly average

  • To have a competitive, effective and sustainable bidding process by 2018 for all main FIVB events

  • To directly manage content production pre, during and post all key FIVB events by 2019

  • To calculate accurately the number of licensed / amateur players by 2020 and increase that number by 33% by 2024

  • To become the number one sport that serves the needs of the family through social development and humanitarian programme

  • To implement the best universal standards of good governance and make FIVB 100% compliant by 2020

  • To launch the Volleyball OTT channel by 2018 and have one million subscribers by 2024.

Comme il est permis de le constater, la FIVB et la CEV, qui tient aujourd’hui le même discours fait d’accroissement des « annual incomes » et de « best universal standards of good governance » sans se soucier grandement de vérifier si les fédérations et les clubs sont bien outillés pour s’inscrire dans pareille dynamique d’hyper croissance, ont beaucoup d’ambitions en matière de revenus financiers et de développement de l’impact du volley-ball au plan médiatique. Peut-on leur faire reproche d’être ambitieux sur ces plans ? Certes pas. N’est-ce pas pour autant là une politique qui présente bien des points qui ne s’occupent pas assez des fondations de la maison ? Certes oui.

Cette politique du tout programmé au nom de l’argent est une politique qui ne manquera pas de séduire les auxiliaires du système qui vendent cette manière de penser et de faire en prétendant qu’elle est la seule utile et désirable pour le bien commun. Sans entrer dans une discussion qui nous éloignerait par trop du sujet abordé, je pense que, s’il est effectivement plus que nécessaire, sinon vital, que notre Sport se fixe des objectifs d’accroissement en termes de notoriété publique et de pénétration médiatique, celles et ceux qui sont impliqués dans sa gestion de tous les jours et à plus long terme feraient bien de veiller à ce que les dirigeants des étages supérieurs de notre grande maison s’occupent dans le même temps, sinon de manière prioritaire, d’éléments qui méritent, à mon sens du moins, tout autant considération que ceux précités.

Je veux parler des clubs et des joueurs qui n’ont que peu d’attache avec le « volley-ball des maint events » mais qui, du fait de la place que ceux-ci prennent dans l’espace réservé par la FIVB aux fédérations nationales, se trouvent de plus en plus empêchés de se livrer à la pratique de leur sport de prédilection tant leur saison de volley-ball se trouve de plus en plus réduite dans le temps. Je veux parler de la santé des joueurs et des joueuses de haut niveau qui sont soumis, les unes comme les autres, à des régimes de prestations physiques qui mettent gravement leur santé en péril à force de devoir jouer pratiquement du premier au dernier jour de l’année sans appréciable période de repos. Je veux parler aussi de ces grands clubs qui sont pourtant les « pourvoyeurs » des équipes nationales et qui se trouvent de plus en plus obligés de devoir organiser leur compétition nationale dans un calendrier qui est de plus en plus serré et de plus envahi par des compétitions tombant du ciel, c’est-à-dire émanant de la FIVB, pour des raisons qui sont plus financières que sportives. Je veux parler de ces équilibres et de ces innovations qui sont à rechercher pour que le volley-ball devienne réellement ce qu’il pourrait être, c’est-à-dire le sport le plus pratiqué dans le monde, à la condition de ne pas en faire une discipline de plus en plus orientée vers le haut niveau. Je veux, entres autres sujets encore, parler de la place que doivent occuper dans les compétitions officielles de haut niveau les équipes nationales qui méritent de l’être en fonction de leurs résultats sur les terrains et non en fonction de critères qui sont par trop établis aujourd’hui en fonction de données géostratégiques ou de tractations de coulisses.

Tout cela n’est pas évoqué dans les key points du Président Graça (photo de tête d’article), pas plus d’ailleurs que dans les grandes considérations du Président de la CEV, Alexander Boricic, qui, il est juste de le souligner, s’est dit “ouvert à écouter toutes les idées et tous les commentaires” et qui, par ailleurs, a signalé qu’il y aurait l’an prochain, du 21 au 23 juin en Slovénie, un séminaire sur le Volley-Ball à l’école qui s’annonce particulièrement intéressant . S’est-il trouvé un ou plusieurs délégués de fédération pour aborder ces questions que j’ai soulevées et qui sortent de cette “logique mimétique”, de cette “course dans laquelle tout le monde vise l’accession aux barreaux supérieurs de l’échelle sociale proposée sur un modèle unique par le monde marchand” (Michel Onfray) ? Il faudra attendre les procès-verbaux de ces deux grands rendez-vous de Cancun pour le savoir.

Attendons donc avec confiance car, on le sait, rien ne peut se faire sans espoir ni confiance.

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