L’ article qui suit est français. Il parle de sport français et pose des questions concernant la France. Cela étant, plusieurs des questions qui y sont posées valent également pour la Belgique et, par conséquent, pour la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce genre de réflexion est à prendre en sérieuse considération dans la mesure même où ce ne sont malheureusement pas les dirigeants qui se trouvent à la tête de l’AISF qui (se) les posent. Sans doute parce qu’ils ne veulent pas mettre en péril les avantages financiers que cet organe interfédéral reçoit des Autorités ministérielles pour les services que la dite Association Interfédérale du Sport Francophone rend aux côtés de ceux délivrés par l’ADEPS. Je vous souhaite une heureuse lecture de cette tribune.

Face à l’épidémie de Covid-19 qui perdure, Laurent Boudon, directeur d’études chez Ipsos rappelle, dans une tribune au « Monde », le rôle du sport en tant que vecteur d’intégration sociale et de cohésion nationale, en plus de son importance économique.

CORONAVIRUS : « Considérer le sport comme moins nécessaire que les achats alimentaires pose un problème politique et culturel »

Pendant le confinement, l’attestation de déplacement dérogatoire excluait toute pratique sportive collective et limitait l’activité physique individuelle. Conséquence de cette interruption, les clubs, les institutionnels du sport professionnel (fédérations et ligues) et surtout le sport amateur – la masse des pratiquants – sont inquiets pour leur avenir…

Les uns se trouvent pris dans un étau financier pour maintenir leur chaîne de services et continuer leurs activités. Les conséquences sont potentiellement violentes pour toute la filière événementielle dans la perspective de grands événements sportifs internationaux. Les autres ont dû renoncer à des pratiques auxquelles ils associent santé, bien-être, convivialité, épanouissement, ciment collectif, voire thérapie. Les motivations des Français à la pratique sportive consacrent d’abord le culte du corps (63 % pour « entretenir son corps » 62 % pour « rester en bonne santé » et 55 % pour « évacuer le stress, se détendre »). Lire aussi  « Il est impératif de reprendre le sport doucement, et régulièrement »

La plupart des acteurs s’interrogent sur la nécessité de loger à la même enseigne tous les « sportifs », alors qu’il y a une hétérogénéité de pratiques et de situations dont le lien avec les risques de contamination était très diversifié. La pratique reste fortement modelée par l’éventail des sports dits « individuels », qui, en 2019, représentaient 72 % de la pratique sportive totale. Avoir dû interrompre sa pratique a donc eu un impact psychologique : pour 17 % des Français, ne plus faire de sport est ce dont ils ont le plus souffert à cause du Covid-19, après l’anxiété (19 %), selon les résultats d’une étude Ipsos réalisée pour l’Union Sport & Cycle auprès d’un échantillon de 2 000 Français.

Le sport, un miroir de la société

Considérer le sport comme moins nécessaire que les achats alimentaires pose donc un problème politique, culturel et marketing intéressant. Pouvait-on faire comme si « le sport » était une catégorie homogène, alors que l’écart entre Kylian Mbappé et le bouliste du camping est assez incontestable ? Alors qu’il n’est question que d’hyperpersonnalisation, fallait-il raisonner par grande masse, sans nuance, et tout arrêter au nom de l’urgence ?

Le sport n’est pas qu’une activité économique représentant 91 milliards d’euros, 112 000 entreprises et 448 000 emplois. Fort de ses 360 000 associations sportives, il participe de la vie des territoires, du tissu social et fabrique du lien entre les gens, sportifs, supporters, simples amateurs. Le rôle symbolique du sport ne doit pas être sous-estimé.

Il est une machine à fabriquer de nouvelles vocations : + 20 % de licences après la Coupe du monde féminine 2019 en France. C’est aussi un accélérateur de tolérance : les Jeux paralympiques, par exemple, ont profondément changé le regard sur les personnes en situation de handicap et les discriminations dont elles souffrent. C’est également un miroir de la société : le sport met sous les projecteurs les comportements violents, racistes, xénophobes ou homophobes ; il pose la question du niveau de tolérance, des sanctions qui s’imposent, des inégalités.

Le sport, c’est créer du lien et contrôler son corps

Ces dimensions expliquent pourquoi les adaptations de substitution, comme faire du sport chez soi, ne pouvaient pas totalement remplacer ce qui relève d’une énergie fusionnelle et libératrice, qui s’exprime pleinement lors des matchs et des grands événements. Ce n’est pas non plus par hasard si la forme la plus spectaculaire du déconfinement, certes illégale, a été les deux matchs de football qui ont rassemblé plusieurs centaines de personnes à Evry et à Grigny.

Les participants se sont justifiés en expliquant qu’ils n’en pouvaient plus d’être isolés et inactifs, ce qui renvoie aux enjeux sociaux et fonctionnels des pratiques sportives : passionner les foules avec les compétitions, créer du lien et, sur le plan personnel, contrôler son corps pour plus de performance et de vitalité. Les petits clubs et les associations vont devoir faire face à un horizon sombre, leur modèle reposant en grande partie sur les subventions publiques ou les fonds privés des sponsors. Quels seront leurs arbitrages ?

Machine à produire du rêve

Sur le plan social, les contraintes du déconfinement retardent le retour aux espaces de convivialité collective. Quand le sport va-t-il retrouver toute sa place, comme vecteur d’intégration et de cohésion nationale, comme secteur économique majeur, comme machine à produire du rêve et comme pratique essentielle pour des millions de Français ?

Sur le plan industriel, quelles vont être les stratégies pour l’écosystème des métiers et des filières impliquées, va-t-il y avoir des relocalisations ? Comme l’a bien noté le Comité d’organisation de Paris 2024, « Education, santé, cohésion, le sport a le pouvoir de tout changer. » Le sport façonne nos vies, et les événements sportifs, même les plus locaux, peuvent changer une vie grâce aux émotions et aux valeurs qu’il transmet, dans toute sa diversité.

Laurent Boudon

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