Lors des fêtes de fin d’année, j’ai reçu, lors des échanges de cadeaux familiaux, une très joyeuse surprise sous la forme d’un très beau livre intitulé « Le Bruxelles des Révolutionnaires de 1930 à nos jours ». Ce livre, édité avec le soutien de la Commission Communautaire Française dans la collection Regards sur la Ville de CFC-Editions, est fait d’une quarantaine de contributions. Rédigées sous la direction scientifique de Anne Morelli, elles constituent une superbe évocation des faits et des grands personnages révolutionnaires ayant émaillé l’histoire de Bruxelles, une capitale qui, « faute d’être belle, peut être re-belle » comme l’écrit si bien l’historienne et professeure de l’ULB. Ce livre se déguste à la petite cuillère et peut se lire sans ordre imposé, permettant ainsi de plonger dans « Des socialistes utopistes à Bruxelles avant 1948 » ou dans « Les exilés révolutionnaires latino-américains à Bruxelles » avant de revenir sur « Le Bruxelles des communistes » ou sur « Les débits de boisson révolutionnaires au XIXème siècle ». C’est passionnant à souhait et donne à réaliser que notre Ville a un passé d’effervescence révolutionnaire dont la richesse est généralement par trop méconnue.

Ce week-end, je me suis délecté de deux sujets dont les titres ont joué le rôle d’aimant sur mes pupilles: « Molenbeek-Saint-Jean, une commune ouvrière entre réformistes et révolutionnaires » et « Karl Marx à Bruxelles ». Dans ce dernier tableau, j’y ai apprécié la précision des informations fournies et, tout particulièrement cela n’étonnera pas celles et ceux qui me connaissent bien, celles relatives au long séjour que les Marx ont, dans un grand dénuement au demeurant, effectué à Ixelles, au 42 de la rue d’Orléans. Pour la petite histoire, c’est là qu’est né, il y a aujourd’hui précisément 174 ans jour pour jour, le troisième enfant de Marx, Edgar. Pour l’histoire d’une autre nature, celle de la confrontation des idées, c’est aussi dans cette maison, qui était située à hauteur du numéro 50 de l’actuelle rue Jean d’Ardenne, que Marx écrivit, au début de 1847, son unique oeuvre en français, Misère de la Philosophie. Cet écrit était une réponse très catégorique au « Système des contradictions économiques » publié en 1846 par Proudhon, Marx y critiquant sa théorie à propos de l’impôt sur la consommation et de son refus de la grève….

On y apprend aussi, plus en détail sur ce point que dans le monumental « Karl Marx ou l’Esprit du Monde » de Jacques Attali, que c’est à Saint-Josse que Marx et Engels ont rédigé ensemble l’Idéologie allemande  dont la conclusion s’énonce comme suit : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde d’une autre manière, il s’agit de le modifier ». C’est d’ailleurs cet aphorisme qui figure aujourd’hui au bas du monument funéraire de Karl Marx à Highgate, un quartier du grand Londres.

Je terminerai cette courte évocation du sujet ayant trait au séjour de Karl Marx à Bruxelles en signalant que la petite plaque commémorative que le Cercle d’Histoire locale d’Ixelles apposa en 1986 sur la façade du 50 de la rue Jean d’Ardenne n’a pour seule indication qu’un lacunaire « Ici vécut Karl Marx ». Sans faire aucunement mention que c’est là aussi que Marx et Engels ont écrit le « Manifeste du Parti communiste », une oeuvre qui, comme chacun le sait, allait bousculer bien des idées et entraîner bien des bouleversements.

Aussi, maintenant que la majorité serait devenue « progressiste » à Ixelles, ne serait-il pas opportun de donner un peu plus de lustre à ces traits de vie d’une très haute portée historique ?

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