C’est donc ce dimanche que, dans le cadre du tournoi olympique, les volleyeuses entreront en lice. Au programme du jour figurent deux grands matches qui vaudront la peine d’être suivis de près. Il y aura tout d’abord le premier inscrit au programme du jour et qui mettra en présence la Russie et l’Italie. Certes, l’équipe italienne, forte de son arme surpuissante qu’est Egonu, partira avec les faveurs du pronostic mais les Russes ont, pour ces Jeux, rassemblé pas mal de leurs meilleures forces et il sera donc intéressant de voir comment se déroulera cette partie entre une équipe qui tend à devenir unicellulaire et une autre faite de diverses cellules ayant chacune leur spécialité.

L’autre match qui vaudra son pesant de cacahuètes est celui qui verra s’affronter les championnes olympiques, les Chinoises drivées par Lang Ping, et les Turques qui, conduites par Giovanni Guidetti, abordent ces Jeux avec de très grandes ambitions. Le choc sera assurément spectaculaire.

Pour le reste des autres rencontres, on épinglera celle qui opposera le Japon et le Kenya. Non pas pour dire que l’équipe du pays organisateur des Jeux court le moindre risque à cette occasion mais bien pour souligner le poids qui va peser sur les épaules des joueuses japonaises tout au long de cette compétition.

Pour comprendre ce phénomène qui concerne bien plus les joueuses japonaises que les joueurs japonais, il faut faire un grand retour en arrière, c’est-à-dire remonter aux Jeux de Tokyo 1964. Et, plus précisément encore, à la date du 23 octobre.

C’est en effet ce jour-là que tout le Japon retenait son souffle pour savoir si le judoka Akio Kaminaga allait faire aussi bien que tous les autres Japonais qui avaient remporté jusqu’à cette date tous les titres mis en jeu dans les différentes catégories de poids du tournoi olympique. Et, surtout, s’il allait ainsi laver à cette occasion l’affront qu’Antoon Geesink, un judoka hollandais, leur avait fait subir trois ans auparavant à Paris quand celui-ci avait été le premier judoka européen à battre un Japonais lors d’un championnat du monde. On sait ce qu’il advint. Antoon Geesink, un véritable géant qui était doté d’une force colossale et d’une très grande technique, se joua d’ Akio Kaminaga qu’il parvint à immobiliser et remporta de la sorte, dans la catégorie reine du judo de surcroît, la seule médaille d’or non japonaise. Cette défaite fut très douloureusement ressentie par toutes les Japonaises et par tous les Japonais qui avaient bâti l’espoir de voir leurs judokas réaliser le grand chelem dans cette discipline sportive qui, comme on le sait, est d’origine japonaise.

Que vient faire ce récit de combat de judo dans une rubrique de volley-ball vous demanderez-vous ? C’est ici que l’équipe japonaise de volley-ball féminin intervient. En effet, le 23 octobre 1964 également, les Japonaises, entraînées par Hirobumi Daimatsu, réussissaient, quasi au même moment où Kaminaga était battu, l’exploit de vaincre l’équipe d’Union Soviétique (15-11/15-8/15-13) et de remporter par la même occasion le premier titre olympique de l’histoire du volley-ball féminin.

Cette victoire fut saluée comme elle ne l’aurait jamais si Geesink n’avait pas remporté l’or et, aujourd’hui encore, elle est présentée au Japon comme le brillant qui vint, de tous ses éclats de lumière, rendre moins pénible la profonde peine d’un peuple qui, pendant les Jeux de 1964, avait attendu ce dernier combat de judo pour savoir si les Jeux étaient réussis ou non à leurs propres yeux.

Les joueuses japonaises, qui avaient déjà remporté les championnats du monde en 1962, furent célébrées alors comme de véritables fées dans tout le pays. Leur popularité née comme sous l’effet d’un coup de baguette magique donna lieu à une véritable vague d’affiliations, de publications, de mangas, de dessins animés, et d’une telle sensibilisation que cela permet d’expliquer pourquoi le Japon est devenu le pays où, depuis les Jeux de 1964, ont été organisées le plus grand nombre de compétitions internationales tombant sous l’égide de la FIVB.(*)

Comme on peut s’en rendre compte, les joueuses japonaises qui entameront leur compétition olympique ce dimanche feraient évidemment bien de ne pas trop penser à ce prestigieux passé de leurs illustres ancêtres si elles ne veulent pas crouler sous le poids de ce glorieux pan d’histoire qui tient quasi du roman des mille et un rêves tant il est somptueux…

Jean-Pierre Brouhon

(*) un film retraçant l’épopée des joueuses japonaises sortira tout prochainement dans les salles en France avec pour titre « Les Sorcières de l’Orient »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s